Pétrole à plus de 100 dollars : l’escalade entre Washington et Téhéran embrase les marchés

Le Brent dépasse 100 dollars après de nouvelles frappes américaines en Iran. Carburants, inflation : ce que la flambée du pétrole change pour la France.

Pétrole à 100 dollars le baril : plateforme pétrolière offshore au coucher du soleil

Photo d'illustration © Pexels — libre de droits

Le baril de pétrole a franchi la barre symbolique des 100 dollars. Le Brent a atteint 100,69 dollars jeudi, un bond de plus de 7 % en une séance, alors que les États-Unis ont mené vendredi une nouvelle série de frappes en Iran et que les Houthis ouvrent un front en mer Rouge. Une flambée qui va se payer à la pompe en France.

Une escalade militaire qui s’emballe

Le face-à-face entre Washington et Téhéran a changé de dimension. Les hostilités ont repris le 7 juillet, quand les États-Unis ont frappé plus de 80 cibles militaires iraniennes. Depuis, les opérations se sont enchaînées, et une nouvelle série de frappes américaines a été menée ce vendredi 24 juillet sur le territoire iranien, selon l’AFP.

Le conflit déborde désormais largement du duel initial. Les Houthis yéménites, alliés de Téhéran, ont revendiqué des attaques en mer Rouge et annoncé un blocus visant les navires liés à l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut. De quoi faire planer la menace d’une désorganisation durable du commerce pétrolier mondial, dont près d’un tiers des volumes maritimes transite par la région.

Le baril de pétrole au plus haut depuis mai

Les marchés n’ont pas tardé à réagir. Jeudi, le Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, a bondi de 7,04 % pour atteindre 100,69 dollars, repassant au-dessus des 100 dollars pour la première fois depuis le mois de mai. La séquence rappelle une mécanique bien connue : dès le lendemain des premières frappes du 7 juillet, le baril avait déjà pris plus de 2 %.

Ce qui inquiète les opérateurs, ce n’est pas tant la destruction de capacités de production que le risque logistique. Tant que les bombes ne touchent ni champs pétroliers ni terminaux d’exportation, l’offre physique reste globalement intacte. Mais si les routes maritimes se ferment, le brut disponible ne circule plus — et le prix s’envole, quelle que soit la production réelle.

Ormuz et mer Rouge : les deux verrous du brut

Toute la nervosité du marché tient à deux passages étroits. Le détroit d’Ormuz d’abord, entre l’Iran et Oman : environ un cinquième du pétrole mondial y transite chaque jour. Téhéran en a fait son levier de pression favori et le verrouille désormais, faisant craindre un blocage durable des exportations d’hydrocarbures du Golfe, selon les informations rapportées par l’AFP.

La mer Rouge ensuite, porte d’entrée du canal de Suez. Les attaques houthies y visent désormais les intérêts saoudiens, contraignant une partie du trafic à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Résultat : des délais rallongés de plusieurs semaines, des coûts de fret et d’assurance en forte hausse, et une prime de risque qui s’ajoute mécaniquement au prix du baril.

Ce que ça change pour la France

Pour les automobilistes français, la facture arrive vite. Il faut compter environ deux semaines pour qu’une hausse du brut se répercute pleinement sur les prix affichés en station. Or le gazole avait déjà repassé la barre des 2 euros le litre à la mi-juillet, avant même ce nouvel accès de fièvre. Un Brent durablement installé au-dessus de 100 dollars rendrait ce seuil difficile à quitter, en plein chassé-croisé des vacances.

Le gouvernement dispose d’un premier amortisseur avec l’aide carburant de 100 euros destinée aux « grands rouleurs », à réclamer avant le 31 août. Mais une flambée prolongée poserait une question autrement plus lourde : celle de l’inflation importée. Un choc pétrolier durable compliquerait la tâche de la Banque centrale européenne, qui vient tout juste d’opter pour une pause sur ses taux directeurs en pariant sur une décrue des prix.

Jusqu’où la flambée peut-elle aller ?

Personne ne peut prédire la trajectoire du baril, mais les scénarios des analystes se résument à une question : les infrastructures pétrolières seront-elles touchées ? Tant que le conflit épargne les terminaux d’exportation du Golfe, la hausse reste une prime de risque, réversible si la diplomatie reprend la main. Si un blocage complet d’Ormuz s’installait dans la durée, les références historiques — 2008 et ses 147 dollars, 2022 après l’invasion de l’Ukraine — serviraient de points de comparaison.

Face à ce risque, les pays consommateurs ne sont pas totalement démunis. L’Agence internationale de l’énergie peut coordonner la libération de stocks stratégiques, comme en 2022. L’OPEP+ dispose par ailleurs de capacités de production inutilisées, essentiellement saoudiennes et émiraties — encore faut-il que ces barils puissent physiquement sortir du Golfe, ce qui ramène toujours au même verrou : Ormuz.

Vos questions sur la flambée du pétrole

Pourquoi le prix du pétrole dépasse-t-il 100 dollars ?

Le Brent a franchi 100 dollars jeudi après la reprise des frappes américaines en Iran et l’ouverture d’un front en mer Rouge par les Houthis. Les marchés redoutent un blocage durable du détroit d’Ormuz et des routes maritimes du Golfe, essentielles au commerce mondial de brut.

Quand la hausse va-t-elle se voir à la pompe en France ?

Comptez une à deux semaines pour une répercussion complète. Le gazole dépassait déjà 2 euros le litre à la mi-juillet ; si le baril reste au-dessus de 100 dollars, les prix en station devraient continuer de grimper d’ici début août, en pleine période de départs.

Qu’est-ce que le détroit d’Ormuz et pourquoi est-il si important ?

Ce bras de mer entre l’Iran et Oman est le seul débouché maritime du golfe Persique. Environ un cinquième du pétrole mondial y transite. Son blocage priverait le marché des exportations saoudiennes, émiraties, koweïtiennes et irakiennes acheminées par voie maritime.

Qui sont les Houthis et quel est leur rôle ?

Ce mouvement armé yéménite, allié de l’Iran, contrôle une partie du Yémen riveraine de la mer Rouge. En revendiquant des attaques contre les navires liés à l’Arabie saoudite, il ajoute un second point de blocage aux routes pétrolières, après le détroit d’Ormuz.

Un choc pétrolier peut-il relancer l’inflation en France ?

Oui, c’est le principal risque. L’énergie pèse directement sur les prix des carburants, du transport et de nombreux biens. Une hausse durable du brut alimenterait l’inflation importée et pourrait remettre en cause la pause monétaire décidée par la BCE fin juillet.

L’État peut-il bloquer les prix des carburants ?

Un blocage général des prix n’est pas à l’ordre du jour. Le levier actuel reste l’aide ciblée de 100 euros pour les gros rouleurs, à demander avant le 31 août. D’autres dispositifs, comme une remise à la pompe, ont déjà été utilisés par le passé en cas de flambée prolongée.

Les prochains rendez-vous

Les regards se tournent désormais vers la réaction des marchés à l’ouverture de la semaine prochaine, vers d’éventuelles initiatives diplomatiques autour du Golfe et vers les chiffres d’inflation de juillet, attendus début août en zone euro. D’ici là, chaque annonce militaire ou maritime pourra faire bouger le baril de plusieurs dollars. Les développements sont à suivre en continu sur France 24, Boursorama et Économie Matin.

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