Incendie en Gironde : le feu menace Lège-Cap-Ferret, près de 12 000 personnes évacuées

Plus de 2 000 hectares brûlés entre Saumos et le bassin d’Arcachon : 700 pompiers luttent contre l’incendie en Gironde, 12 000 personnes évacuées.

Incendie Gironde : hélicoptère bombardier d'eau au-dessus d'un feu de forêt

Photo d'illustration © Pexels — libre de droits

Parti mercredi en début d’après-midi de Saumos, dans le Médoc, le feu a déjà parcouru plus de 2 000 hectares de forêt et contraint près de 12 000 personnes à quitter leur domicile ou leur camping. Ce jeudi matin, l’incendie en Gironde progresse toujours vers Lège-Cap-Ferret, au nord du bassin d’Arcachon, malgré l’engagement de 700 sapeurs-pompiers et d’importants moyens aériens. Aucun blessé n’est à déplorer à ce stade.

Un départ de feu fulgurant à Saumos

Tout est allé très vite. Le feu s’est déclaré mercredi 22 juillet vers la mi-journée sur la commune de Saumos, un village d’à peine 800 habitants posé au milieu du massif forestier des Landes de Gascogne, entre Bordeaux et l’océan. Poussées par un vent défavorable et nourries par une végétation desséchée par des semaines de canicule, les flammes ont d’abord filé vers Le Porge, puis obliqué vers le sud-ouest, en direction de Lège-Cap-Ferret.

Jeudi matin, le bilan provisoire donnait la mesure du sinistre : plus de 2 000 hectares parcourus selon la préfecture de la Gironde, certaines sources locales évoquant jusqu’à 2 400 hectares. Le front de flammes s’étire désormais du sud de Lacanau jusqu’aux portes du bassin d’Arcachon, l’une des zones touristiques les plus fréquentées de France en plein cœur de l’été.

La situation reste « défavorable », selon la préfecture. Les conditions météo n’offrent aucun répit : chaleur persistante, hygrométrie basse et rafales qui compliquent le travail des soldats du feu. « Les reprises de feu commencent à arriver », a prévenu le lieutenant-colonel Éric Pitault, du Service départemental d’incendie et de secours de la Gironde.

Près de 12 000 personnes évacuées

C’est l’autre chiffre marquant de cette crise : environ 12 000 personnes ont été évacuées à titre préventif en moins de vingt-quatre heures. Mercredi soir, quelque 5 000 habitants et vacanciers avaient déjà dû quitter les communes menacées et un premier camping. Jeudi matin, la préfecture a ordonné l’évacuation de six campings supplémentaires et d’un domaine résidentiel naturiste situés au nord du Cap Ferret, soit environ 7 000 personnes de plus.

En pleine saison estivale, l’opération est d’une ampleur exceptionnelle. Huit campings au total ont été vidés de leurs occupants. Des gymnases et salles municipales ont été ouverts pour accueillir les évacués, tandis que de nombreux touristes ont dû abandonner tentes et mobil-homes en quelques minutes, parfois en pleine nuit. Les autorités insistent : ces évacuations sont préventives, et aucun blessé n’est recensé à ce stade.

La circulation est fortement perturbée dans tout le secteur. Plusieurs routes départementales sont coupées, dont la D106E5, la D105E3, la D5E4, la D107 et la D3, l’axe qui longe la presqu’île du Cap Ferret. La préfecture appelle les vacanciers à différer leurs déplacements vers la zone.

700 pompiers et huit appareils engagés

Face à la progression du feu, le dispositif n’a cessé de monter en puissance. Ce jeudi matin, 700 sapeurs-pompiers sont mobilisés au sol, appuyés par des colonnes de renfort venues d’autres départements. Dans le ciel, la flotte de la Sécurité civile mène des rotations continues : deux Canadair, quatre Air Tractor et deux Dash larguent eau et produit retardant sur les lisières les plus menacées.

La priorité des secours est double : protéger les zones habitées de Lège-Cap-Ferret et du Porge, et fixer le flanc ouest du feu avant que le vent ne le pousse davantage vers la presqu’île. Le terrain, lui, ne facilite rien. Le massif landais, plat et dense, offre peu d’obstacles naturels aux flammes, et les pistes forestières étroites compliquent l’accès des engins.

Le spectre de l’été 2022

En Gironde, ces images ravivent un souvenir douloureux. À l’été 2022, les incendies de La Teste-de-Buch et de Landiras avaient détruit près de 30 000 hectares de forêt et provoqué l’évacuation de dizaines de milliers de personnes, un traumatisme resté dans toutes les mémoires du département. Quatre ans plus tard, le scénario se répète sur un territoire voisin, avec les mêmes ingrédients : sécheresse prolongée, chaleur record et vent changeant.

Depuis 2022, les moyens de prévention ont pourtant été renforcés : surveillance accrue du massif, pistes élargies, nouveaux points d’eau et doctrine d’attaque des feux naissants revue. Ces efforts ont probablement limité le nombre de départs de feu cet été. Mais lorsqu’un incendie échappe aux premières attaques, comme à Saumos, la configuration du massif landais reste redoutable.

Un été à haut risque, un massif vulnérable

Ce nouvel épisode s’inscrit dans un été 2026 particulièrement éprouvant pour la France. Le pays a enchaîné les vagues de chaleur, comme lors de la canicule qui a placé le Sud-Est en vigilance orange la semaine dernière, et la ressource en eau est sous tension avec des restrictions d’eau dans 99 départements. Le sud de la France a déjà payé un lourd tribut aux flammes, à l’image de l’incendie qui a détruit 200 hectares et dix maisons dans le Var en début de semaine.

Les scientifiques le répètent : le changement climatique allonge la saison des feux et étend les zones à risque vers le nord. Météo-France place désormais régulièrement une grande partie du territoire en risque « élevé » ou « très élevé » d’incendie. La forêt des Landes de Gascogne, plus grand massif cultivé d’Europe occidentale avec près d’un million d’hectares de pins maritimes, concentre toutes les vulnérabilités : essence inflammable, sol sableux drainant et forte fréquentation touristique estivale.

L’enjeu économique est loin d’être anecdotique. Entre la filière bois, l’ostréiculture du bassin et le tourisme, qui fait vivre toute la côte girondine de juin à septembre, chaque journée de crise pèse lourd. Les professionnels du Cap Ferret, déjà confrontés aux évacuations de campings, redoutent des annulations en cascade au cœur de la haute saison.

Les réactions des autorités

Le préfet de la Gironde a activé le centre opérationnel départemental et multiplie les points de situation. Le message aux habitants est constant : ne pas encombrer les routes, faciliter le passage des secours et suivre les consignes d’évacuation sans attendre.

Au niveau national, la ministre de la Transition écologique par intérim et les autorités de la Sécurité civile suivent la situation heure par heure. En déplacement ce jeudi, la ministre Maud Bregeon a annoncé qu’un avion de transport militaire A400M serait déployé pour appuyer la lutte contre les feux « d’ici à fin juillet », signe que l’État anticipe un été long sur le front des incendies. Les maires des communes concernées, eux, saluent le sang-froid des habitants et l’efficacité des évacuations, menées sans panique ni accident.

Pour suivre l’évolution en temps réel, la préfecture de la Gironde communique via ses canaux officiels, relayés notamment par France 3 Nouvelle-Aquitaine et ICI Gironde.

Vos questions sur l’incendie en Gironde

Où se situe exactement l’incendie en Gironde ?

Le feu s’est déclaré à Saumos, dans le Médoc, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Bordeaux. Il s’est propagé vers Le Porge puis vers Lège-Cap-Ferret, au nord du bassin d’Arcachon. Le front s’étend désormais du sud de Lacanau jusqu’aux abords de la presqu’île du Cap Ferret.

Combien de personnes ont été évacuées ?

Près de 12 000 personnes ont été évacuées à titre préventif depuis mercredi : environ 5 000 dès mercredi soir, puis 7 000 supplémentaires jeudi matin, dont les occupants de six campings et d’un domaine naturiste au nord du Cap Ferret. Aucun blessé n’est à déplorer.

Y a-t-il des victimes ou des maisons détruites ?

Selon la préfecture de la Gironde, aucun blessé n’était recensé jeudi matin. Les autorités n’avaient pas fait état de destructions d’habitations à ce stade, les évacuations massives ayant précisément pour but de mettre la population à l’abri avant l’arrivée des flammes.

Peut-on encore se rendre au Cap Ferret ou à Lacanau ?

Les déplacements vers la zone sont fortement déconseillés. Plusieurs routes départementales sont fermées, dont la D3 et la D106E5, et la priorité est donnée aux secours. Les vacanciers attendus dans le secteur doivent se renseigner auprès de leur hébergeur et suivre les consignes préfectorales.

Quels moyens sont mobilisés contre le feu ?

Ce jeudi, 700 sapeurs-pompiers sont engagés au sol, avec des renforts extra-départementaux. Les moyens aériens comptent deux Canadair, quatre Air Tractor et deux Dash. Un A400M militaire doit par ailleurs être déployé d’ici la fin du mois pour appuyer la Sécurité civile.

Pourquoi la Gironde est-elle si souvent touchée par les incendies ?

Le département abrite une grande partie du massif des Landes de Gascogne, forêt de pins maritimes très inflammable, sur sol sableux et sec. Combinée aux canicules à répétition et à la sécheresse, cette configuration rend le territoire particulièrement vulnérable, comme l’ont montré les feux géants de 2022.

Et maintenant ?

Les prochaines quarante-huit heures seront décisives. Tant que le vent et la chaleur persistent, le risque de reprises restera élevé et les évacués devront patienter avant de regagner campings et maisons. Au-delà de l’urgence, ce nouvel épisode relance une question que la Gironde connaît trop bien : comment adapter durablement le premier massif forestier cultivé d’Europe à un climat qui ne lui laisse plus de répit ? Réponse des pouvoirs publics attendue bien avant l’été 2027.

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